Prévenir les addictions en entreprise, protéger la route de chacun
Visuel : Club ESR 69
Démarche co-construite avec les entreprises membres et la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes
Alcool, stupéfiants, médicaments : une méthode complète en 4 étapes pour mettre en place une démarche de prévention et de contrôle juridiquement solide — de la mise à jour du règlement intérieur à l’accompagnement des salariés.
0 tuéslors d’un déplacement lié au travail en 2023 : 296 en trajet domicile-travail, 144 en mission (ONISR)
30 %de l’ensemble des accidents mortels liés au travail, trajet et mission (CNAM/MSA)
1,4 / jourdécès dans un déplacement en lien avec le travail (ONISR)
Source : « L’essentiel du risque routier professionnel — chiffres 2023 », ministère du Travail.
Pourquoi agir
Les addictions, un risque majeur pour la route… et pour l’entreprise
La consommation d’alcool, de stupéfiants ou de certains médicaments altère la vigilance, les réflexes et le jugement. Pour les salariés qui conduisent ou occupent un poste à risques, l’enjeu est vital — et l’employeur a une obligation légale d’agir.
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Une obligation de sécurité
L’employeur doit prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (art. L4121-1 du Code du travail). La prévention des pratiques addictives en fait pleinement partie.
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Un risque routier aggravé
L’alcool (12 %) et les stupéfiants (9 %) figurent parmi les cinq premières causes d’accident mortel sur les trajets domicile-travail ; les stupéfiants (8 %) parmi les cinq premières en mission (ONISR, 2023).
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Prévenir, pas punir
L’objectif premier de la démarche est la protection du salarié et de son entourage professionnel, pas la sanction systématique. Une démarche transparente, co-construite avec le CSE et les Services de Prévention et de Santé au Travail.
Les 3 principes directeurs de la démarche
1. Une démarche globale
Ne jamais isoler les contrôles : les intégrer dans une démarche plus large de prévention des risques professionnels.
2. Une transparence totale
Communication ouverte avec les salariés, les IRP et les managers, à chaque étape du projet.
3. La prévention, pas la sanction
L’objectif des contrôles est de protéger le salarié, ses collègues et l’entreprise — pas la sanction systématique.
La démarche
4 étapes pour une démarche solide et progressive
Cliquez sur chaque étape pour découvrir le détail, et cochez votre check-list au fur et à mesure de votre avancement — votre progression est enregistrée sur cet appareil.
Un déploiement réaliste en 6 à 9 mois
M1 = le premier mois de votre projet, celui où la direction décide de lancer la démarche. Les actions sont classées par ordre de démarrage réel.
☞ Cliquez sur une action pour ouvrir l’étape correspondante
délai légal incompressibleà préparer avant le 1er contrôleaction continue»se poursuit au-delà
La sensibilisation démarre dès l’information du CSE, par transparence, et se poursuit bien après les premiers contrôles : affiches, réunions d’équipe, quiz, e-learning, cafés débats, conférences d’addictologue. Elle doit avoir touché tous les salariés concernés avant le premier test. Durées indicatives, à ajuster selon la taille de l’entreprise et le rythme du dialogue social ; seuls les deux délais en orange sont imposés par la loi.
Étape 1 — Objectif : protéger la santé et interdire alcool & drogues sur les postes à risques
Mettre à jour le règlement intérieur
Le règlement intérieur (RI) est la base juridique de toute la démarche. Il doit établir le lien entre les activités de l’entreprise et les risques excluant toute consommation de substances psychoactives.
Liste des postes à risquesla conduite d’un véhicule (voiture, camion, chariot élévateur…) constitue un poste à risques. La liste est libellée dans le RI ou par renvoi au DUERP, après avis du CSE et du médecin du travail.
Modalités claires de contrôleconditions, types de tests, personnes habilitées.
Hiérarchisation des sanctionsavertissement ou blâme, mise à pied disciplinaire, mutation, rétrogradation, licenciement pour faute simple, grave ou lourde.
Témoinpossibilité qu’une personne appartenant à l’entreprise assiste la personne testée.
Contre-examendroit à un contre-test en cas de positivité et à un nouvel examen en laboratoire d’analyses.
⚠️Refus de se soumettre au testLe refus est passible des mêmes sanctions que celles prévues en cas de positivité — à inscrire explicitement dans le RI.
Check-list Étape 1
Étape 2 — Objectif : promouvoir le dialogue social et valider le RI
Valider et communiquer le règlement intérieur
L’implication du CSE est primordiale pour favoriser le dialogue social et la communication avec les salariés. Associer les Services de Prévention et de Santé au Travail (SPST) le plus en amont possible est indispensable.
Co-construire avec le CSE et la CSSCTen toute transparence ; déposer les éléments du projet dans la BDESE.
Recueillir l’avis du CSEau minimum un mois après son information.
Transmettre le RI à l’inspection du travailvoie dématérialisée ou courrier. Le RI entre en vigueur un mois après son dépôt et sa diffusion dans l’entreprise. L’inspection peut exiger le retrait ou la modification d’une clause (art. L1322-1).
Informer les salariéspar des vecteurs variés : réunions d’équipe, mail, affiches, pop-up, écrans dynamiques, vidéos, flyers, information avec la fiche de paie, newsletters…
Annoncer les testsà tous les acteurs concernés : Service de Prévention et de Santé au Travail, managers, service sécurité.
💡Insister sur la prévention, pas sur la sanctionLes thèmes à aborder : risques liés à l’alcool, compréhension des stupéfiants, CBD (cannabidiol), médicaments (stress…) et pictogrammes des boîtes, cadre juridique, types de consommation, accompagnements possibles (prévention tertiaire).
Le dialogue social d’abordL’avis du CSE se recueille au minimum un mois après son information.
Check-list Étape 2
Étape 3 — Objectif : former, organiser et mettre en œuvre les contrôles
Organiser les contrôles
Seuls les salariés exerçant les activités prévues dans la liste des postes de travail dangereux peuvent être soumis aux tests. La montée en puissance est progressive :
Temps 1 — Introductionprésentation des tests aux salariés.
Temps 2 — Initiationcontrôles volontaires et anonymisés, sans communication individuelle des résultats ni sanction — une statistique globale pourra être partagée pour sensibiliser.
Temps 3 — Lancementcontrôles prévus, aux dates annoncées, pour habituer les salariés et faire de la prévention.
Temps 4 — Mise en œuvre pérennecontrôles inopinés, une fois la démarche mature. S’y ajoutent les contrôles pour suspicion en cas de comportement altéré (troubles de l’élocution, de l’équilibre, gestes imprécis…) pour les salariés des postes à risques.
Formation des testeursRH, sécurité, managers, préventeurs : utilisation des tests, conditions de stockage, étalonnage, rédaction du PV de contrôle. Tenir une liste des personnes habilitées — se faire accompagner par un organisme de formation expert est recommandé.
Organisation pratiqueorganisation du travail, horaires, types de tests, tirage au sort, fréquence, sécurité des testeurs, remplacement au poste, budget (~1 € le test alcoolémie, ~10 € le test multidrogues).
⭐L’exemplarité est indispensableCelui qui conduit le test le réalise en premier. Toute la chaîne hiérarchique doit être impliquée.
Un contrôle avant la prise de posteMatériel étalonné, testeur habilité, PV de contrôle : les trois conditions d’un test incontestable.
Check-list Étape 3
Étape 4 — Objectif : protéger, accompagner et, le cas échéant, sanctionner
Gérer les cas positifs
En cas de test positif, la priorité absolue est la mise en sécurité du salarié — la conduite à tenir est similaire à celle d’un salarié présentant des signes de malaise.
Retrait immédiat du poste de travailprévoir la continuité de l’activité pendant la campagne de contrôle.
Second test puis contre-expertiseen laboratoire d’analyses médicales (prélèvement sanguin, urinaire ou salivaire) : un partenariat avec un laboratoire de proximité est nécessaire.
Contact systématique du 15 (SAMU)puis prise en charge : transport médicalisé, taxi après avis médical, ou raccompagnement par un membre de l’encadrement. S’assurer qu’un proche pourra prendre en charge le salarié.
Suivi au retourrendez-vous avec sa hiérarchie, rendez-vous avec la médecine du travail (SPST) + entretien interne pour proposer les accompagnements possibles et échanger sur les conséquences pour sa sécurité et celle des autres.
Sanctions disciplinairesappliquées conformément au RI. Le refus de se soumettre au contrôle entraîne la même sanction qu’un test positif.
🚫Règle d’orNe jamais laisser le salarié reprendre la route seul en cas de test positif.
L’entretien de retour, un temps d’écouteProposer un accompagnement avant d’appliquer une sanction : c’est là que se joue la prévention tertiaire.
Check-list Étape 4
Points de vigilance
Les 6 conditions d’un contrôle irréprochable
👥 Témoin
Présence d’un témoin appartenant à l’entreprise lors de chaque test.
✍️ Accord du salarié
Obtenir l’accord de la personne testée. Un refus est considéré comme positif et expose à sanction.
🔬 Contre-examen
Droit à un contre-examen médical en laboratoire — identifier en amont les laboratoires de proximité.
🤐 Confidentialité
Assurer la confidentialité des tests pour préserver la dignité du salarié.
🎓 Testeurs habilités
Tests réalisés uniquement par des personnels formés et habilités, avec matériel étalonné mentionné au PV.
⭐ Exemplarité
Celui qui conduit le test le fait en premier — l’engagement de la hiérarchie est visible.
Cadre juridique
Les textes qui fondent la démarche
Extraits officiels du Code du travail (source : Légifrance). Chaque carte renvoie vers le texte intégral en vigueur.
Art. L4121-1
L’obligation générale de sécurité de l’employeur
« L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels […] ; 2° Des actions d’information et de formation ; 3° La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés. »
En pratique : c’est le fondement de toute démarche de prévention des pratiques addictives — prévention, information, formation et organisation adaptée.
« Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. »
En pratique : les contrôles doivent être justifiés (postes à risques) et proportionnés — d’où la liste limitative de postes, le témoin et le contre-examen.
« Le règlement intérieur est un document écrit par lequel l’employeur fixe exclusivement : 1° Les mesures d’application de la réglementation en matière de santé et de sécurité […] ; 3° Les règles générales et permanentes relatives à la discipline, notamment la nature et l’échelle des sanctions. »
En pratique : le RI est le véhicule juridique obligatoire des mesures de contrôle et de l’échelle des sanctions (étape 1).
L’inspection du travail contrôle la légalité du règlement intérieur et « peut demander le retrait ou la modification d’une clause » contraire à la loi.
En pratique : transmettre le RI à l’inspection du travail (étape 2). Il entre en vigueur un mois après dépôt et diffusion dans l’entreprise.
« Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail. » Lorsque cette consommation est susceptible de porter atteinte à la sécurité et à la santé, l’employeur prévoit au RI des mesures pouvant aller jusqu’à « une interdiction de cette consommation », « proportionnées au but recherché ».
En pratique : l’entreprise peut interdire totalement l’alcool via le RI si la sécurité le justifie — typiquement pour les postes de conduite.
« Il est interdit de laisser entrer ou séjourner dans les lieux de travail des personnes en état d’ivresse. »
En pratique : l’employeur qui laisse travailler un salarié en état d’ébriété engage sa responsabilité — il doit retirer le salarié de son poste (étape 4).
L’arrêt fondateur : le règlement intérieur peut imposer l’alcootest aux postes dangereux. ▾ voir la portée
Ce que dit la décision : le RI peut prévoir de soumettre à l’épreuve de l’alcootest les salariés occupés à des travaux dangereux ou à la conduite de machines, dès lors que le salarié peut contester le contrôle.
Portée pratique : c’est le socle historique des contrôles d’alcoolémie en entreprise — d’où l’importance de la liste des postes à risques et du droit de contestation (contre-examen) dans votre RI.
2002
Cour de cassation, ch. sociale 22 mai 2002, n° 99-45.878
L’alcootest est licite s’il permet la contestation et vise les postes de sûreté/sécurité. ▾ voir la portée
Ce que dit la décision : le recours à l’alcootest prévu au RI est licite lorsque ses modalités permettent la contestation et que, eu égard à la nature du travail confié, l’état d’ébriété est de nature à exposer les personnes ou les biens à un danger.
Portée pratique : conditions cumulatives à respecter — modalités de contestation + ciblage des postes dangereux. Un contrôle hors de ce cadre est inopposable au salarié.
Cour de cassation, ch. sociale 24 févr. 2004, n° 01-47.000
L’état d’ébriété au travail peut justifier un licenciement pour faute grave. ▾ voir la portée
Ce que dit la décision : l’imprégnation alcoolique d’un salarié affecté à un poste de sécurité, établie dans les conditions prévues au règlement intérieur, peut caractériser une faute grave.
Portée pratique : la sanction n’est solide que si le contrôle a été réalisé conformément au RI — testeurs habilités, témoin, PV, contre-examen proposé.
2015
Cour de cassation, ch. sociale 31 mars 2015, n° 13-25.436
Le contrôle d’alcoolémie par l’employeur est validé, même hors présence d’un huissier. ▾ voir la portée
Ce que dit la décision : le contrôle d’alcoolémie prévu par le règlement intérieur, dont les modalités garantissent la possibilité d’une contestation (second test, témoin), permet de sanctionner le salarié — jusqu’à la faute grave pour un conducteur.
Portée pratique : confirme la validité du dispositif interne de contrôle dès lors que le RI est complet. La rigueur de l’étape 1 conditionne la validité de l’étape 4.
Un supérieur hiérarchique peut pratiquer le test salivaire de dépistage — pas de monopole médical. ▾ voir la portée
Ce que dit la décision : le test salivaire de détection immédiate de produits stupéfiants n’est pas un examen de biologie médicale : il peut être pratiqué par un supérieur hiérarchique, sans intervention d’un médecin. Le RI peut le prévoir pour les postes dits « hypersensibles drogue et alcool », avec possibilité de contre-expertise, et la sanction peut aller jusqu’au licenciement.
Portée pratique : c’est la décision qui étend la démarche aux stupéfiants — en miroir de l’arrêt Corona pour l’alcool. Conditions : RI précis, postes à risques listés, contre-expertise à la charge de l’employeur, secret professionnel du testeur sur les résultats.
La base de la démarche : un RI clair et précis avec 3 points essentiels — liste limitative des postes à risques particuliers, témoin, contre-examen.
🛡️
Prévention, non punition
L’objectif premier est la prévention des risques, pas la sanction.
📣
Une communication essentielle
Transparente et régulière, auprès de tous les acteurs : salariés, IRP et managers.
🎓
Une formation adéquate
Les personnes réalisant les contrôles doivent être formées, compétentes et habilitées.
✅
Des tests conformes au RI
Chaque contrôle est réalisé strictement selon ce que prévoit le règlement intérieur — condition de validité des sanctions.
📈
Une démarche progressive
Commencer par des tests à blanc, puis des contrôles prévus, avant les contrôles inopinés.
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Ce document d’information ne se substitue pas à un conseil juridique. Chiffres : « L’essentiel du risque routier professionnel — chiffres 2023 », ministère du Travail. Textes et décisions : Légifrance.
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